Témoignage de résidence artistique
par Marion Minotti, conteuse

Ce projet de création a démarré avec la légende des lavandières de nuit qui m’avait fortement impressionnée. Selon George Sand, ces lavandières de nuit étaient le spectre de femmes condamnées à laver éternellement le cadavre de leur enfant mort d’infanticide.
Cette version était peu répandue, les lavandières de nuit étaient celles qui annonçaient la mort, ou des figures fantômes qui noient les passants qui s’en approcheraient.
Je me suis interrogée sur les traces de l’avortement, dans les traditions orales (contes, légendes ou chants). Il s’avère que de nombreux chants traditionnels traitent des infanticides. Ces chants auraient eu un âge d’or relatif à une politique démographique, condamnant fermement les infanticides. Il y a cependant une ambiguïté dans ces chants. Certains marquent une empathie à l’égard du choix de ces femmes.

Je suis à la MPOB depuis une semaine, et le centre de documentation est devenu la forêt où je cherche mon chemin : celui où se perdre, c’est trouver. Guidée par les voix qu’Alice appelle les fantômes. Une voix aux envolées aiguës patoisante et chantante raconte l’enfant jeté aux cochons. Les recueils d’Achille Millien ont leur chapitre sur l’infanticide. Mais de l’avortement, on ne dit rien. Les grossesses sont foisonnantes, légitimes ou non, et du moment de la naissance on ne dit rien.
Le Musée des Nourrices m’ouvre grand ses portes et je découvre l’histoire de ces femmes de peu de moyens qui sacrifient leurs enfants pour offrir leur lait à Paris. Je rentre chargée de livres sur les croyances populaires et la religion au XIXème, les considérations autour des abandons d’enfants et l’évolutions des mœurs.
Et puis au détour d’un chant, voilà que l’on parle d’herbes et de remèdes pour ne pas embarrasser la belle meunière. Que le fantôme, Maurice Digoy, raconte que l’on trouvait de la sabine a côté de tout les bistrots. Le remède était connu pour faire avorter. Les chants révèlent leurs motifs et les livres d’histoires et d’ethnologie les contextes. Les bois d’Anost offrent des voies de traverses en arborescences : Cheveux, blanchisseuses, sang, mère filles, la ramasseuse ou l’ensevelisseuse.
Je sillonne les chemins des forêts et rêve les contes et les chants. Je retrouve de la chair dans les creux des rivières dont les branches en voûte tissent des dentelles entre ombre et lumière. Les clairs-obscurs dévoilent en contraste, ce qui ne se dit pas. La statue de Ste Marie de l’Aillant a remplacé les cultes des fées, fade, fata, destin. A ses pieds le Morvan se déploie, dans son dos les feuillages bruissent des usages d’autrefois. 
L’air y est vif et rempli de murmures à écouter.

Rencontre contée, installation, performance…

Pendant la seconde partie de sa résidence, Marion Minotti a investi le bal-parquet de la MPOB avec une installation plastique et sonore. Elle y a créé le parcours qui a accueilli ses récits pendant les Journées Européennes du Patrimoine. Par petits groupes, elle a embarqué le public dans son voyage intérieur, en passant derrière les voiles, entre les draps, parmi les lavandières, les personnages merveilleux et effrayants, les enfants qui ne sont pas nés, les archives orales qui racontent les remèdes anciens, la vie des femmes.

Quelques images de ce voyage intrigant

Le passage de Marion à la MPOB a aussi donné de la matière pour une récréation sonore… vous pouvez l’écouter en cliquant ci-dessous !

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